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Éthique et finance

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Chaire de Christian Walter

Dans notre société, les questions éthiques font aujourd’hui l’objet d’un dialogue dans nombre de secteurs importants pour la vie de tous les jours (médecine, environnement,…) et il existe une institutionnalisation du dialogue entre les parties prenantes. La finance ne peut ignorer ce mouvement sociétal, surtout depuis les dernières crises mais, dans le cas de la finance, on assiste davantage à une diabolisation, par la dénonciation et l’indignation, qu’à un véritable dialogue. A l’instar de ce qui existe dans les autres secteurs, le projet de la chaire « Ethique et finance » est d’instaurer ce dialogue pour la finance entre les professionnels, les chercheurs et le public non professionnel, en organisant le débat intellectuel pour alimenter et enrichir le débat public.

Problématique scientifique : penser l’éthique financière après le tournant performatif

Un constat

Les acteurs de la finance et les réglementations financières s’appuient sur des représentations scientifiques issues des postulats de la théorie financière dominante du moment. Les dernières crises ont prouvé que ces représentations peuvent embarquer les acteurs dans des décisions aux conséquences catastrophiques. Mais les représentations scientifiques ne font pas l’objet de débats éthiques : en raison d’un positivisme philosophique latent, il est généralement admis que la technique financière est éthiquement neutre en raison de sa source scientifique. Pourtant, ces représentations scientifiques transportent en elles-mêmes des valeurs implicites humaines, organisationnelles et sociétales. De ce fait, elles ne peuvent être ni éthiquement neutres, ni socialement suffisantes, quelle que soit leur base scientifique. Or aujourd’hui, l’impact humain, organisationnel et sociétal de ces représentations scientifiques est ignoré dans les approches éthiques des activités financières : l’éthique financière est pour le moment essentiellement une déontologie des pratiques professionnelles.

Les récentes expériences et études

Pour étayer ce constat, rappelons que la plupart des analyses de la crise financière ont été centrées sur les responsabilités des acteurs. Le rapport de la commission d’enquête créée en 2009 par Barack Obama et le Congrès américain pour examiner les causes et le déroulement de la crise financière allait dans ce sens : « la crise a été le résultat d’actions ou d’inactions humaines, pas celui de (…) modèles informatiques qui ont déraillé ». Outre le fait que la notion de modèle est ici réduite à sa dimension informatique, cette conclusion ignore totalement un élément important du processus de décision : la gestion financière – et donc les actions humaines – sont des pratiques professionnelles instrumentées, c’est-à-dire équipées par des outillages techniques et mentaux dont l’articulation est supposée rationnelle. Ces outillages variés mettent en forme très concrètement l’action des professionnels, au point que la relation entre la gestion effective, les outils de gestion et les gestionnaires qui les utilisent a été qualifiée de « technologie de gestion ».

De nombreux travaux ont montré qu’il existe une véritable emprise de cette technologie de gestion sur les comportements et les normes organisationnelles. Ceux qui décident, ceux qui ont le pouvoir, ceux qui commandent sont eux aussi équipés et orientés par des outillages techniques et mentaux quelle que soit l’analyse retenue. Les analyses par la seule volonté (qui serait ici pervertie par la cupidité), le seul pouvoir (qui serait ici perverti par l’avidité), ou le seul commandement (qui serait ici perverti par l’intérêt égoïste) ne prennent pas en considération cette articulation entre des outils de gestion et les acteurs qui les utilisent.

Conclusion

Il importe donc de rechercher comment le commandement, l’action humaine, sont équipés et orientéspar les modèles et les techniques, et comment les décisions sont automatisées par les représentations scientifiques. C’est-à-dire soumettre les représentations scientifiques de la finance à un questionnement éthique. Enfin, dans la mesure où les hypothèses des théories ne se donnent pas à voir dans la confrontation aux données, mais dans la confrontation aux autres théories, il s’agira d’examiner la diversité des théories financières pour comparer les effets sociétaux des différentes représentations scientifiques.

Les axes de recherche de la chaire « Ethique et Finance » 

La chaire développera ses travaux sur deux axes de recherche :

  • une éthique générale recherchant une finance socialement responsable,
  • une éthique des pratiques professionnelles (éthique des métiers, des techniques et des outils).

Une éthique générale pour une finance responsable

Le concept de responsabilité sociale se retrouve aujourd’hui dans l’investissement socialement responsable (ISR) et la responsabilité sociale des entreprises (RSE). La nouveauté de la chaire consistera à étendre cette notion de responsabilité sociale aux entreprises financières et aux régulateurs afin d’analyser :

  • les tendances professionnelles (mouvement « endogène ») et
  • les aspirations de la régulation (mouvement « exogène »)

L’analyse des tendances professionnelles des entreprises financières s’interrogera sur :

  • l’impact sociétal des représentations de l’incertitude et des modèles de décision financière (CAPM etc.), 
  • les modèles qui conduisent à un machinisme dans la décision chez les acteurs financiers
  • l’innovation responsable dans les instruments financiers
  • l’analyse des hypothèses des théories et modèles de gestion et 
  • les relations des entreprises financières avec les centres de recherche financière. 

L’analyse des aspirations des régulateurs s’interrogera sur sa spécificité, en particulier :

  • l’étude de la diffusion de la représentation scientifique des données boursières auprès des régulateurs des marchés financiers,
  • l’analyse de l’impact sur le marché et ses acteurs de la multiplication des normes réglementaires et légales et des théories financières.

Une éthique des pratiques professionnelles (métiers, techniques, outils)

Il s’agit d’élaborer une pragmatique de la finance, c’est-à-dire comprendre comment les cadres mentaux, les théories (et leurs prédictions), les pratiques et les instruments (et leur système de décision) tiennent ensemble, ce qui revient à mettre en examen la relation homme-machine. Cet examen prendra deux directions :

  • documenter les chaînes de médiation qui relient les théories, les pratiques et les responsabilités, ce qui permet d’exercer une vigilance critique sur les énoncés performatifs des représentations scientifiques (théorie des options, théorie de la firme etc.) et,
  • documenter les dispositifs sociotechniques de la finance, ce qui permet d’exercer une vigilance critique sur les outillages et les équipements des professionnels (tableaux de bord, ratios, structures de rémunération etc.)

Origine de la chaire et travaux antérieurs

La Chaire « Ethique et finance » du Collège d’études mondiales s’inscrit dans le droit fil du programme « Histoire et épistémologie de la finance » créé à l’invitation de l’historien économiste Maurice Aymard (alors administrateur de la FMSH) avec comme objectif principal de documenter l’usage créatif des mathématiques dans la finance, en attirant l’attention sur le pouvoir performatif des théories financières. Des impacts sociétaux des modèles financiers, il s’ensuivait que toute préférence mathématique devenait une préférence éthique. Ce programme a été prolongé en 2010 à la Faculté des Sciences sociales et économiques de l’Institut Catholique de Paris (ICP), dans le cadre d’une chaire dirigée par Christian Walter au sein de l’ICP de 2010 à 2013. La réflexion engagée sur l’éthique des instruments financiers entre 2010 et 2013 est désormais étendue à l’éthique de la régulation financière et à l’analyse des évolutions institutionnelles.

Equipe

Christian Walter, titulaire de la Chaire
Actuaire dirigeant fondateur d’H&W Conseil
Professeur associé à l’IAE de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, équipe Philosophies contemporaines (PhiCo EA 3562).
christian.walter@msh-paris.fr

Emmanuel Picavet, membre associé
Professeur d’éthique appliquée à l’UFR de philosophie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, équipe Philosophies contemporaines (PhiCo EA 3562).
emmanuel.picavet@univ-paris1.fr

Annie Cot, membre associé
Professeur de sciences économiques à l’UFR d’économie de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d’économie de la Sorbonne (CES UMR 8174).
Annie.Cot@univ-paris1.fr

Type de programme: 
Chaire