La santé mondiale
Anthropologie de la « santé mondiale »
Vinh-Kim Nguyen
Cette chaire interroge les rapports entre la biologie humaine et la mondialisation. Nécessairement interdisciplinaire, elle combinera ethnographie, histoire et socio-épidémiologie pour examiner l’interrelation entre les mutations épidémiologiques au Nord et au Sud, les dispositifs de gouvernement des corps, et l’économie politique de la globalisation.
La « santé mondiale » se joue sur un terrain épidémiologique où l’on a beaucoup privilégié la contribution des maladies infectieuses, renforçant le modèle d’une « transition épidémiologique » entre les pays du Sud et du Nord, où dominent les maladies chroniques « de civilisation » (les maladies cardiovasculaires, le diabète, et le cancer). Or ce clivage n’existe pas dans les faits. Les maladies chroniques ne cessent de progresser dans les pays du Sud alors que les maladies infectieuses n’y régressent pas. Ces synergies épidémiologiques se retrouvent au Nord, d’abord avec l’arrivée d’épidémies comme le VIH, le SRAS, et les bactéries multirésistantes, et puis avec la découverte du rôle des processus infectieux et inflammatoires dans le déclenchement et la progression des maladies chroniques. Il serait donc plus apte de parler d’une mosaïque épidémiologique, dont la complexité dépasse un clivage Nord/Sud, et fonde ainsi le principe d’une approche mondiale des questions de santé.
Les enjeux de la santé mondiale sont donc autant politiques que médico-épidémiologiques. L’apport d’une anthropologie de la santé mondiale est triple. Elle permet :
- Une approche ethnographique des enjeux de santé mondiale sur les terrains de la vie quotidienne, des dispositifs de savoir (essais cliniques, laboratoires, etc.) et des institutions (ONG, fondations etc.) concernés
- L’élaboration de concepts et d’outils théoriques permettant de rendre compte des problématiques émergentes qui se trouvent à la frontière du social, du politique, et du biologique (par exemple, la « citoyenneté biologique », « bio-capital », « pharmaceutisation », « souveraineté thérapeutique », etc.).
- La construction d’une position critique face aux revendications épistémologiques et même ontologiques des biosciences, appuyée sur l’anthropologie des sciences et des technologies biomédicales (« science and technology studies »).
Sur le plan empirique, les recherches menées dans le cadre de cette chaire se concentrent sur les nouvelles technologies biomédicales dans la prévention du VIH, et propose, en collaboration avec les équipes de médecins, scientifiques et les patients impliqués dans les essais, de porter un regard anthropologique sur ces technologies. En pratique, la chaire prévoit :
- L’organisation de colloques annuels, réunissant cliniciens, chercheurs en sciences « fondamentales » et en sciences humaines et sociales. Chaque colloque aura pour objet une technologie émergente en santé mondiale (par exemple la circoncision masculine en prévention du VIH ou la vaccination contre le virus du papillome humain) et organisera un débat sur ses aspects épistémologiques, philosophiques, et socio-anthropologiques ;
- Un séminaire bi-mensuel sur la recherche contemporaine en anthropologie de la santé mondiale ;
- Un atelier de recherche bi-mensuel consacrée à la présentation et à la discussion de travaux en cours, orienté vers les travaux des jeunes chercheurs.






